Histoire

Les Huguenots

Le terme «huguenot»

L’étymologie du terme « huguenot » est incertaine. Sobriquet utilisé par la majorité catholique française pour désigner les protestants, il semble que ce terme dérive de « Eidgenossen » signifiant « confédérés » (en suisse alémanique « ydtgenos » devient « huguenot » en français). Au XVIe siècle, lors des guerres de Religion, les troupes de Berne qui se qualifient elles-mêmes de « ydtgenos » combattent aux côtés des réformés. C’est peut-être de là que le terme « huguenots » tire son origine pour désigner les protestants réformés. Quant aux protestants français eux-mêmes, ils se nomment « réfugiés ». Aujourd’hui le terme « huguenot » n’est plus péjoratif, il suscite même l’intérêt et le respect.

Les guerres de Religion et la nuit de la Saint-Barthélemy

Durant la Réforme au XVIe siècle, une petite partie de la noblesse française adhère au protestantisme réformé de Jean Calvin. A cette époque, les protestants représentent entre 5 et 7% de la population française.

Dès le début de la Réforme, la confusion règne entre le pouvoir royal et ses sujets protestants. En 1561, le Colloque de Poissy, durant lequel théologiens catholiques et protestants échouent dans leur tentative de trouver un accord, sera suivi de huit guerres de Religion. Désormais, le protestantisme est perçu comme une provocation à l’autorité royale. Les protestants deviennent les victimes de persécutions systématiques et de massacres.

En 1572, le fanatisme atteint son paroxysme lors de la tentative de décapitation du parti huguenot et le massacre de milliers de protestants au cours de la nuit de la Saint-Barthélemy. Sur ordre de la reine mère, Catherine de Médicis, des dirigeants protestants sont exécutés dans la nuit du 24 août 1572. Ces assassinats conduisent à des massacres populaires et à la mort de plusieurs milliers de protestants. Ceux-ci s’étaient rendus en grand nombre à Paris à l’occasion du mariage de Marguerite de Valois et du roi de Navarre Henri de Bourbon. Lui-même protestant, il abjura sa foi, et dut se convertir au catholicisme avant son accession au trône.

L’édit de Nantes

En 1598, l’édit de Nantes clôt la période des guerres de Religion. Dans cet édit de tolérance, le roi Henri IV (1553-1610), ancien chef protestant, accorde pour la première fois aux réformés français des garanties juridiques et politiques. Henri IV devient roi de France en 1589 (lors de sa conversion au catholicisme en 1593, il déclara « Paris vaut bien une messe »). L’édit de Nantes ne garantit pas encore totalement aux protestants les libertés de culte et de conscience. Toutefois il protège les défenseurs de la « religion réformée » contre toute discrimination professionnelle et leur permet une pratique publique de leur culte (baptêmes, mariages et enterrements).

Les successeurs d’Henri IV entraveront de nouveau ces libertés et obligeront les protestants à se convertir au catholicisme. L’émergence d’une religion d’Etat avec le souverain comme pivot conduira à la formation de l’absolutisme en France.

L’édit de Fontainebleau

En 1685, le roi Louis XIV (1638-1715) signe l’édit de Fontainebleau. Cette révocation de l’édit de Nantes interdit définitivement aux protestants la pratique de la « religion prétendue réformée » (selon les propos de Louis XIV). A travers l’édit de Fontainebleau, le « Roi-soleil » ordonne la destruction systématique de tous les temples protestants. En France, les protestants qui refusent de se soumettre à l’édit vivent leur foi clandestinement en se réunissant au sein de « l’Eglise du Désert » (des lieux isolés à l’extérieur des villes où se déroulent les cultes). Cette pratique interdite est particulièrement risquée.

Louis XIV contraint les chrétiens réformés de son royaume à un retour au catholicisme. Pour mener à bien sa politique de rééducation, de conversion et de recatholicisation, le souverain dépêche ses troupes de « dragons », des soldats de confession catholique, auprès des familles protestantes réticentes, afin d’obtenir leur conversion par la force. Il déclenche ainsi plus d’un demi-siècle d’intenses persécutions : les dragonnades. Louis XIV interdit également aux protestants d’émigrer vers des territoires européens de confession protestante. (Seuls les pasteurs huguenots, considérés comme de fervents protestants entêtés ne représentant aucun intérêt économique pour le royaume, sont épargnés.)

Louis XIV craint que les réformés constituent une sorte « d’Etat dans l’Etat » et qu’ils puissent former un contre-pouvoir face à la monarchie absolue. C’est pourquoi il n’accorde aucun crédit à la loyauté politique et à la religion des protestants. Depuis 1572, il existe en effet une sorte de république protestante en France. Elle dispose de ses propres soldats, d’un appareil législatif et d’un pouvoir politique, et s’oppose continuellement au pouvoir central. Après la mort d’Henri IV, le pouvoir militaire des protestants s’amenuise progressivement. Les années 1627-1628 marquent le siège, puis la chute et la prise par Richelieu de La Rochelle, haut lieu de la « religion réformée ». Au fil des décennies, les protestants voient leur droit de culte bafoué et deviennent à nouveau les cibles du harcèlement étatique et de persécutions. En 1685, la proclamation de l’édit de Fontainebleau entérine la suppression des droits accordés près d’un siècle auparavant par l’édit de Nantes.

L’exil des huguenots
Malgré l’interdiction de pratiquer leur religion et d’émigrer sous peine de sévères sanctions (peine des galères pour les exilés arrêtés ou détention dans des forteresses pour les femmes), près de 300 000 protestants sur les 800 000 que compte la France émigrent dans des pays européens qui garantissent protection et liberté religieuse. Beaucoup s’exilent en Suisse, Hollande, Angleterre, Bulgarie, Bohème et Moravie, mais aussi dans la Marche de Brandebourg.

Le Grand Electeur et l’édit de Potsdam

Frédéric-Guillaume 1er de Brandebourg (1620-1688), margrave de Brandebourg (depuis 1640), dit le Grand Electeur, réagit rapidement aux persécutions dont sont victimes ses frères de foi français. Le 8 novembre 1685, peu après la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV, Frédéric-Guillaume rédige l’édit de Potsdam. Dans cet édit, il offre aux huguenots un lieu de retraite « sûr et libre » sur son territoire. Il leur promet aussi divers avantages, tels que l’immunité fiscale, la mise à disposition de logements vacants et de matériel de construction.

En 1672, avant la révocation de l’édit de Nantes, une première communauté de réformés est déjà installée à Berlin (création de la communauté le 10 juin 1672). Il s’agit de protestants français qui vivent et travaillent à la cour du Grand Electeur. A l’origine installés à l’est de la ville, à Alt-Landsberg, ils sont contraints de se retirer dans la ville résidentielle de Berlin sous la protection des Hohenzollern en raison d’hostilités subies dans les campagnes. Les appartements du baron Charles de Pollnitz leur servent alors de lieu de culte. A partir de 1685, cette petite communauté huguenote croît rapidement avec l’arrivée de milliers de réfugiés français. En souvenir de l’édit de Potsdam et du Grand-Electeur, et pour louer la grâce de Dieu, la communauté huguenote célèbre la « fête du Refuge » chaque 29 octobre.

Une plaque commémorative située sur la façade de la Französische Friedrichstadtkirche cite un passage clef de l’édit de Potsdam : « FRÉDÉRIC GUILLAUME, par la grâce de Dieu, Margrave de Brandebourg, Archi-Chambellan et Prince Electeur du St Empire, etc. Comme les persécutions et les rigoureuses procédures qu’on exerce depuis quelque temps en France contre ceux de la Religion Réformée ont obligé plusieurs familles de sortir de ce Royaume, et de chercher à s’établir dans les Pays étrangers, nous avons bien voulu, touchés de la juste compassion que nous devons avoir pour ceux qui souffrent malheureusement pour l’Evangile et pour la pureté de la foi que nous confessons avec eux, par le présent Edit signé de notre main, offrir aux dits François une retraite sûre et libre dans toutes les terres et provinces de notre domination […] ».

Dans l’extrait de l’édit de Potsdam en allemand, Frédéric-Guillaume nomme « ceux de la Religion Réformée » des « Glaubensgenossen ». Il ne s’agit pas tant d’une allusion au terme « Eidgenossen » duquel dériverait le terme « huguenot », mais plutôt du lien confessionnel étroit qui unit la cour du Grand-Electeur aux huguenots. En effet, les réfugiés français se sentent désormais plus proches de la dynastie protestante des Hohenzollern que des sujets luthériens de Berlin et du Brandebourg.

Le rôle politico-religieux du Brandebourg

Sous les pressions de la noblesse et de la population, la Marche de Brandebourg devient un territoire luthérien le 1er novembre 1539. En 1613, le prince électeur Jean-Sigismond de Brandebourg et une grande partie de sa cour – hormis son épouse – se convertissent à la foi réformée. Lorsque la Réforme touche une seconde fois la Marche de Brandebourg, le prince électeur souhaite convertir l’ensemble de ses sujets à la tradition réformée. Malgré les pressions exercées par le pouvoir, les bastions brandebourgeois et le peuple restent fidèles à l’enseignement de Luther, et le projet de Jean-Sigismond échoue. Entêté, celui-ci s’appuie sur la maxime latine « cuius regio, eius religio » (littéralement « tel prince, telle religion ») encore en vigueur à cette époque. Apparu lors de la paix d’Augsbourg en 1555, ce principe permet au souverain d’imposer sa religion à ses sujets. En 1614, « l’émeute de Berlin » conduite par des protestants luthériens en l’absence du prince électeur marque la profonde mésentente entre calvinistes et luthériens. Lors de cet incident, des luthériens tentent de prendre d’assaut le château et sa chapelle réaménagée selon la conception réformée, c’est-à-dire dépouillée de toute décoration et image.

A la lumière de ces évènements, il est plus aisé de comprendre le double intérêt que représentent alors les huguenots pour le Grand Electeur Frédéric-Guillaume 1er de Brandebourg : non seulement un intérêt économique, mais aussi religieux, voire politico-religieux. Dès lors, l’immigration des huguenots participe à renforcer le pouvoir réformé de la Marche de Brandebourg, en même temps qu’elle accentue les tensions religieuses à l’intérieur de ce territoire.

La politique économique de la Marche de Brandebourg

Au sortir de la guerre de Trente Ans (1618-1648), la Marche de Brandebourg, particulièrement affaiblie, se retrouve dépeuplée et dans une situation économique précaire. Suite aux épidémies de peste, plus d’un tiers des logements à Berlin sont vacants, tandis que l’Electorat de Brandebourg a perdu 140 000 sujets. La Marche se met alors en quête de nouvelles idées dans l’espoir d’un redémarrage économique et d’un repeuplement.

Le Grand Electeur engage un dialogue avec les Hollandais qui conduira au retour des premières familles juives à Berlin fin 1671. Cinquante premières familles fuyant les persécutions dont elles sont victimes à Vienne s’installent à Berlin, notamment dans le faubourg de Spandau et dans l’actuel quartier de l’Oranienburger Straße et du Hackescher Markt. Ainsi commence l’histoire du judaïsme berlinois au XVIIe siècle. Contrairement aux huguenots, les migrants juifs ne bénéficient d’aucun avantage de la part du prince électeur. Ils doivent s’acquitter d’un droit de résidence, puis se battre pour obtenir du roi Frédéric 1er de Prusse l’autorisation de bâtir une première synagogue.

L’installation des huguenots à Berlin

Suite à l’édit de Potsdam, près de 20 000 réfugiés français migrent dans la Marche de Brandebourg, soit la moitié des huguenots installés sur le territoire du Saint-Empire romain germanique. L’édit de Potsdam ne présente pas Berlin comme lieu d’implantation par excellence. Pourtant, au fil des vagues de migration, près de 5000 huguenots s’y établissent, principalement dans les quartiers de Dorotheenstadt et Friedrichstadt (au nord et au sud de l’avenue Unter den Linden). Dès 1688, Französisch-Buchholz, village ravagé par la guerre de Trente Ans au nord est de Berlin, voit par exemple l’arrivée de huguenots. Dans certaines régions, dont Berlin, les réfugiés représentent alors près d’un quart de la population. Suite à la guerre de Trente Ans, Berlin ne dénombre plus que 15 000 habitants, tandis que Londres en compte 1 685 000 et Paris 750 000.

En Brandebourg-Prusse, cette immigration conduit à la création de quelques cinquante « colonies huguenotes » qui gèrent les questions religieuses et juridiques de manière autonome grâce à leurs propres maires et pasteurs. A Berlin, la colonie dispose de ses propres institutions et structures : un consistoire, un tribunal, un séminaire, un cimetière, un collège français, un hôpital, des hospices et une caisse de crédit municipal.

Les colonies huguenotes conservent ce statut de minorité privilégiée jusqu’en 1809. Puis, au cours du XIXe siècle, la langue française est progressivement délaissée. A partir de 1896, les registres paroissiaux sont tenus en allemand et les noms français sont désormais prononcés à l’allemande.

En s’installant à Berlin, les huguenots ont apporté une religion, mais aussi un sens du travail, une culture, en un mot, le fameux « savoir-vivre à la française » qui marquera profondément la société berlinoise.

Theodor Fontane et autres figures marquantes

En 1774, le Komödientheater voit le jour sur la place du Gendarmenmarkt, non loin de la Französische Friedrichstadtkirche. Ce théâtre français, conçu pour le roi francophile Frédéric II, sera malheureusement ravagé par un incendie. A sa place, l’architecte Karl Friedrich Schinkel bâtit le Schauspielhaus entre 1817 et 1821. Theodor Fontane (1819-1898), écrivain issu d’une famille huguenote de Berlin, y occupera souvent la fameuse place numéro 23 en tant que critique de théâtre.

En 1885, à l’occasion du bicentenaire de l’édit de Potsdam, Fontane rédige un poème dont le président du comité du bicentenaire fera lecture. En voici un extrait en allemand :

«Zweihundert Jahre, dass wir hier zu Land
Ein Obdach fanden, Freistatt für den Glauben
Und Zuflucht vor Bedrängnis des Gewissens.
Ein hochgemuter Fürst, so frei wie fromm,
Empfing uns hier, und wie der Fürst des Landes
Empfing uns auch sein Volk. Kein Neid ward wach,
Nicht Eifersucht, man öffnete das Tor uns
Und hieß als Glaubensbrüder uns willkommen.»

Tout comme Theodor Fontane, d’autres descendants de huguenots se sont illustrés au fil du temps : le peintre Daniel Chodowiecki (1726-1801), le sculpteur Emmanuel Bardou (1744-1818), le chimiste Franz Carl Achard (1754-1821) qui développe le raffinage du sucre, le linguiste Wilhelm von Humboldt (1767-1835) et son frère Alexandre (1769-1859), l’écrivain romantique Friedrich de La Motte Fouqué (1777-1843), et le juriste Karl von Savigny (1779-1861), pionnier de la réforme du droit pénal allemand et fondateur de l’école historique allemande.

Berlin à l’heure française – Economie et culture

Les huguenots contribuent non seulement à la vie économique, mais aussi culturelle de la Marche de Brandebourg. La majorité des Allemands manifestent de la reconnaissance à leur égard, même si certains éprouvent défiance ou jalousie. A la cour du prince électeur, les huguenots partagent leur langue, le français, et leur foi. Durant près de deux siècles, ils occupent des postes de précepteurs auprès de la famille royale, des princes et de la noblesse prussienne. Ils sont également responsables de la gestion des finances royales. Lors de sa création, l’Académie Royale des Sciences et des Lettres compte parmi ses membres un tiers de Français.

L’héritage huguenot de la Marche de Brandebourg est particulièrement riche. Par exemple, la création de la police et l’apparition des premiers lieux de formation des enseignants remonte à cette époque, tout comme de nombreux plaisirs gustatifs tels que la Berliner Weiße (boisson à base de bière), les asperges, la laitue, le chou-fleur, les petits pois, les haricots verts et les brocolis.

En 1721, l’ouverture du premier café à Berlin est aussi l’entreprise de huguenots. D’autres projets échouent cependant tels que l’élevage de vers à soie en raison d’étés trop secs, ou la culture de mûriers. Après quelques années, les huguenots parviennent toutefois à cultiver fruits et légumes. Au total, 46 nouveaux métiers apparaissent, dont une majorité dans l’industrie textile. Le domaine de la mode possède un grand nombre de mots dérivés du français : « Jacke » (jaquette), « Bluse », « Pelerine », « Kostüm », « Negligé », « Manschette », « Perücke », « Boutique », « Trikot », « Taille », et « totschick » (tout chic). Aujourd’hui encore, il est possible de croiser sur la « Chaussee », une « Mamsellchen » accompagnée de « Monsieur » à l’allure « kommod » sur le « Trottoir » qui ont « Rendezvous ».

Les hôtels berlinois portent des noms français, tout comme les « Cafés » – parmi lesquels « le Royal », « l’Impérial », ou « le National ». Les châteaux bordant la Spree s’appellent « Bellevue » ou « Monbijou », tandis que les nouvelles places se prénomment « Quarrée » (Pariser Platz), « Octogon » (Leipziger Platz), ou « Rondell » (Mehringplatz). L’hôpital de la ville, la « Charité », porte encore ce nom aujourd’hui.

Un siècle après l’arrivée des premiers huguenots sur le territoire allemand, Frédéric II de Prusse chante encore leurs louanges : « 20 000 huguenots, frappés par la pauvreté mais déterminés, ont trouvé refuge en Brandebourg et contribuent au développement des manufactures […] A Berlin, ils se sont établis comme orfèvres, bijoutiers, horlogers et sculpteurs. Les Français installés dans nos campagnes cultivent le tabac et d’excellents fruits et légumes. A la sueur de leurs fronts, ils tirent des sols sablonneux d’excellentes terres fertiles. »

Cette déclaration (en allemand) figure sur la plaque commémorative située à l’extérieur de la Französische Friedrichstadtkirche.

Actions éducatives et sociales

Les huguenots agissent en faveur des populations démunies au travers d’institutions sociales. En parallèle existent des structures éducatives grâce auxquelles les huguenots reçoivent respect et reconnaissance de la part de leur pays d’accueil. Par exemple, des distributions de repas chauds sont organisées pour les orphelins de Berlin dans une pièce attenante au temple. Du point de vue éducatif, le Collège français de Berlin compte aujourd’hui parmi les meilleurs établissements scolaires de la ville.

Trois statues situées au-dessus du portail extérieur de la Französische Friedrichstadtkirche symbolisent ces engagements éducatifs et sociaux. A gauche se trouve la charité, à droite l’éducation, et au centre une statue représentant l’arrivée des huguenots dans l’Electorat de Brandebourg.

Jean Calvin

Bien qu’il ne soit pas l’unique initiateur de la Réforme, Jean Calvin peut être considéré comme le « Père de l’Eglise réformée ». Contemporain de Martin Luther (1483-1546), Jean Calvin (1509-1564), français (né à Noyon, près de Paris), enseigne le droit à la Sorbonne. Son cousin, Pierre Robert Olivetan, traducteur de la Bible en français, se prononce rapidement en faveur de la Réforme. Selon le théologien Jacques Lefèvre d’Étaples, Calvin fréquente, durant ses années d’étude, des humanistes français touchés par la Bible et qui ont connaissance d’écrits de réformateurs suisses et allemands.

En 1533, Calvin quitte Paris en raison de l’Inquisition. Il se réfugie l’année suivante en Suisse, dans la ville réformée de Bâle. C’est là qu’il rédige la première version de L’institution de la religion chrétienne. En 1536, lors d’un voyage, le réformateur Guillaume Farel l’invite à séjourner à Genève. A ses côtés, Calvin rédige les Ordonnances ecclésiastiques qui définissent l’organisation de l’Eglise réformée genevoise. Calvin introduit dans le culte le chant des psaumes.

En 1538, à cause de la situation politico-religieuse instable, Calvin quitte Genève pour trois ans. Il s’installe à Strasbourg où il devient un collaborateur de Martin Bucer et se rapproche du mouvement de la Réforme luthérienne. En 1541, Calvin est rappelé à Genève. Jusqu’à la fin de sa vie, il s’efforcera d’œuvrer pour une Réforme totale à travers ses activités de prédicateur, d’enseignant en théologie et d’écrivain. Son œuvre majeure, L’institution de la religion chrétienne, est considérée comme l’œuvre emblématique de la Réforme. La doctrine de Calvin dépassera les frontières de la Suisse pour se répandre en France, en Ecosse, aux Pays-Bas, en Pologne, en Hongrie et en Roumanie.

Eglise réformée et Eglise luthérienne

Calvin se différencie de l’enseignement luthérien, voire s’en écarte parfois, à travers son rejet absolu du catholicisme romain, son profond désaccord avec la conception « physique » de la Sainte Cène, et son opposition à toute profusion d’images. [lire] Avec son intérieur extrêmement sobre (dénué d’images), dont catholiques et luthériens notent l’absence d’autel, la Französische Friedrichstadtkirche est l’archétype de l’architecture réformée. La volonté des calvinistes de désigner eux-mêmes l’enseignement de Calvin comme « celui de l’Eglise réformée selon la parole de Dieu », résulte de cette rupture « nette » avec le catholicisme, plus accentuée chez les calvinistes que chez les luthériens.

Malgré le désir de Luther et de ses compagnons de foi de mener un mouvement de Réforme qui s’étendrait de la tête de l’Eglise jusqu’à ses membres, Calvin leur reproche de ne pas l’avoir conduit dans son entier. Au XVIe siècle émergent ainsi deux confessions protestantes bien distinctes : les luthériens et les calvinistes.

Les réformés refusent le terme d’« Eglise calviniste » car d’autres figures marquantes du mouvement gravitent autour de Jean Calvin, comme le théologien Ulrich Zwingli (1484-1531) à Zurich. De plus, l’Eglise réformée, contrairement à l’Eglise luthérienne, s’oppose à porter un nom en référence à un personnage, et préfère se nommer selon le principe de la Réforme, c’est-à-dire « le renouvellement de la tête de l’Eglise et de ses membres ».